mardi 11 mars 2008

Bonsoir,


Les deux dernières journées ont été faites sur le modèle que d'habitude : boulot matin midi et soir.

J'en suis à préciser vraiment les choses, faire et refaire pour clarifier vraiment bien l'ensemble.


Hier soir lundi, je suis allée me promener encore derrière la maison. Qu'est ce que c'est beau !!!! wow ! Les rizières à étages encore. Avec les paysans qui travaillent dedans, et qui veulent discuter mais moi j'ai du mal à comprendre.... je m'en sors quand même pour les choses simples. D'où je viens, où je vais... (qui suis-je ? Pendant qu'on y est !). J'ai regardé un peu le travail du riz, dans les champs. Ils vivent dans la boue toute la journée et quand ils ont fini, un petit tour dans la rivière et hop ! A la maison ! (à noter que la rivière est aussi sale que de la boue... mais ça les lave quand même !).




c'est pas beau tout ça ? comment voulez vous que ça ne donne pas envie de revenir...




Et puis ce midi, alors qu'on était en train de discuter avec Widodo, le Grand Monsieur a débarqué avec gros 4x4 et plusieurs autres véhicules qui suivent. Ça prend un peu de court. Il voulait me donner la lettre après avoir fait mon moment jeûne. On s'est assis, on a discuté. Il a voulu voir ce que j'allais jouer samedi. Je suis donc attelée à la tâche. Il a applaudi à la fin donc c'est signe qu'il était content je pense. Il m'a juste dit de prendre le temps quand je chante, de pas aller trop vite.

Puis on a encore discuté un long moment. Et évidemment, il m'a dit de me lever et on a encore fait le truc bizarre que j'appelle l'hypnose mais je pense de moins en moins que ça en soit. C'est juste une manière de gérer son énergie en lâchant la tête, la réflexion. Juste laisser faire les choses. Il m'a remerciée. Et il est reparti sans me donner la lettre... j'ai comme l'impression qu'il a oublié. Ou alors j'avais mal compris. Apparemment, il veut venir de temps en temps pour me donner des cours de chant. Bonne idée je trouve !


Pour samedi soir, Widodo m'avait dit que j'avais pas besoin d'avoir un costume traditionnel puisque je ne suis pas encore dalang (le serai-je un jour ?). Mais Grand Monsieur, lui, a dit que ce serait bien au moins la robe traditionnelle. Sans la coiffe (heureusement !!). « Euh...... oui, bon ok, on va voir, j'vais étudier la question Grand Monsieur, j'vous le promets Grand Monsieur ». Widodo a ajouté qu'il allait me montrer à quoi ça ressemble et que c'est moi qui choisit si oui ou non, je la porte. Donc on verra bien.


Cet après midi, il y a à nouveau eu plein de monde à la maison pour répéter pour samedi. J'ai répété avec l'orchestre entier, ça change encore certaines choses. L'ambiance était agréable. On sent que déjà lors des répétitions, il y a du partage à foison. Alors pendant les représentations... ! Encore plus !


Je ne m'étends pas sur ce blog à raconter à quel point la France me manque (indépendamment de tout ce qui m'arrive de génial ici, et duquel je profite au maximum) : j'en suis à compter les jours avant le retour. Mais même dans les moments où je sens que je pourrais flancher et craquer, je me force à positiver. Et je repense, sans cesse, à la phrase du Mahabharata que j'ai déjà citée plus bas. Je ne veux pas être pire qu'aveugle, alors je fonce !


dimanche 9 mars 2008

Bonsoir,


Vendredi soir, on a encore travaillé l'ensemble du combat Angkot/Hanuman. Vu que je vais jouer dans une semaine maintenant, il faut que ça tourne bien.


Samedi matin, on a travaillé plus tôt que d'habitude parce que l'après midi était consacré aux répétitions de musique pour le 15. On a manipulé encore, et Widodo me donne toujours quelques nouvelles techniques par-ci par-là. On améliore au fur et à mesure.





devant la maison



Samedi après midi donc, j'ai écouté et regardé la répétition. Widodo dirigeait tout ce petit monde (une bonne vingtaine de personnes en tout : musiciens et choristes). J'ai enregistré pas mal de choses mais je crois que la qualité ne sera malheureusement pas assez bonne pour utiliser tout ça dans mon spectacle. Il va falloir que je trouve une autre solution.





répétitions chez widodo



En fin d'après midi, on s'est remis tous les deux à l'étude. On a attaqué un nouveau chant. Triste cette fois-ci. J'en suis à..... 5, 6 ou 7 chants ? Je ne sais plus exactement. Quand on a travaillé ce morceau là, dès le début j'ai ressenti une émotion particulière. C'est étrange parce que habituellement, je ne suis pas spécialement sensible à la musique. Plus aux paroles, aux textes. Mais là, j'ai senti un truc vraiment fort. Il est beau ce chant. Vraiment beau. J'ai décidé que j'en ferai la fin de mon spectacle. C'est une idée pour le moment, ça peut encore changer bien évidemment.... mais j'ai bien envie que cela clôture ma version du Ramayana en France.


Ah oui ! J'oubliais ! Ce samedi, l'article est paru dans le journal de ce matin. Je vous le montre ici même si vous allez pas comprendre un piètre mot de ce qui est écrit. Mais en gros, ça raconte mon parcours, ça dit que je me débrouille bien et que Widodo, il est bien content !







Ce matin, Widodo m'avait dit « on travaille à 8h ». Donc je me suis levée, petit déjeuner (riz avec des beignets de poulet...) et me suis préparée. Mais je savais aussi qu'allaient arriver petit à petit une trentaine de dalang de la région qui venaient pour une sorte de colloque. Finalement, tout ce petit monde a commencé à arriver bien tôt ce qu'il fait qu'on a accueillit les gens, papoté (entendez par là que je sers des mains, je m'assoie, et j'attends que le temps passe...). Nous n'avons donc pas travailler avec la réunion comme c'était prévu.


Toute la matinée a été dirigée par un grand Dalang qui se trouve être ou avoir été le professeur de la plupart des dalang de la région. Il a parlé pendant un long moment. Cela avait l'air très solennel. Moi je ne comprenais rien. Et après, quelques uns sont passés à l'écran et ont joué une scène. Ensuite, ils avaient le droit aux commentaires et conseils du grand Maître. C'est du moins ce que j'ai cru comprendre. Widodo m'a dit que ce genre de grosse réunion de travail entre plusieurs dalang a lieu de temps à autre, histoire de partager les connaissances et les techniques pour toujours continuer à progresser.





Lakshmana sinta et rama, dalang en pleine concentration (avec Widodo derrière la marionnette)



Cet après midi, c'était au tour d'un groupe de danseurs d'investir la maison de Widodo. Répétitions pour le 15 mars. J'ai pas regardé plus que ça, le style des danseurs m'a vit agacée. Pas la danse en elle-même ! Non ! Mais le style « m'as tu vu » des gars qui dansaient... Ils se la jouaient trop pour moi.


Et hop ! On repart pour une nouvelle semaine ! A la fin de celle-ci, je vais pouvoir compter mes jours avant retour en semaines, en plus en mois !! Youhouuu !



vendredi 7 mars 2008

Bonsoir,


La journée de mercredi va se raconter très vite : j'ai été malade, je suis restée clouée au lit toute la journée.


Jeudi matin, ça allait mieux (après médicaments, se forcer à manger, beaucoup de sommeil). Mais c'est la femme de Widodo qui n'allait pas bien. Comme quoi, y'a bien un petit virus qui traîne dans cette maison.


Donc jeudi toute la journée, on a travaillé la musique. Une nouvelle musique un peu plus compliquée que les autres. Où il y a du chant à l'intérieur en plus. Coton.


Jeudi le soir, je suis allée m'aérer la tête et les pieds en allant me promener dans les rizières derrière la maison. C'était beau. En plus, il pleuvait pas ! Rarissime ces jours-ci !




jolie balade


Le soir, à la veillée, on s'est remis à la musique. En y incluant chant, cempala, keupra. C'est du boulot d'assembler tout ça. Être dalang demande de la coordination (voix, bras, jambes, mémoire... tout est en activité !).


Puis ce matin, vendredi, un journaliste est venu pour m'interviewer et prendre des photos pour un journal du coin. Et Widodo m'a appris que dans les jours à venir, allaient aussi venir un journal régional et un journal national. Rien que ça !


Et puis du coup ce matin, il m'a proposé de jouer non pas le 9 avril comme il m'avait dit initialement, mais le 15 mars ! C'est à dire dans une semaine !


Le principe étant qu'au milieu du wayang (vers 1h ou 2h du matin), y'a toujours un moment avec les personnages Limbuk et Cangit (personnages comiques, prononcer Limbou, Tchangi) qui vont amuser la galerie, qui vont poser des questions aux gens de l'assemblée, éventuellement aux choristes, ou parfois faire venir quelqu'un sur « scène ». C'est ce qui nous était arrivé le premier soir où j'ai vu du Wayang. Là, ça sera prévu. Le Grand Monsieur de la Région sera aux commandes de Limbuk et Cangit et me demandera de venir, me posera quelques questions, je jouerai le passage que je connais le mieux, c'est à dire la bataille entre Angkot et Hanuman avec, bien évidemment, musique, chant, cempala, keupra et tout le toutim...





Cangit la mère de Limbuk



Jeff Cottaz arrivera le 30 mars apparemment. Pour ceux qui ne connaissent pas le personnage : Jeff est français d'une cinquantaine d'années qui travaille à l'ambassade d'Indonésie en France. C'est en faisant sa connaissance que j'ai pu entrer en contact avec Widodo. C'est un ami proche de la famille. Il viendra donc passer une petite semaine fin mars début avril ici. Jeff est aussi un peu dalang mais d'après Widodo, pas (encore?) un très très bon.... !


Ce soir en venant sur internet, à l'arrière de la moto de Bambang (« chauffeur » de Widodo), j'ai pu admirer un coucher de soleil encore plus magnifique que sur les cartes postales ! C'était impressionnant ! Un orange d'une intensité incroyable ! Sur fond de montagnes, vraiment ça valait le coup d'oeil !



mardi 4 mars 2008

Bonsoir,


Les journées passent et j'essaie au maximum qu'elles ne se ressemblent pas.


Après mon gros coup de fatigue de dimanche, j'ai décidé qu'il fallait que j'y aille à fond. Tant pis

pour la fatigue. Il ne me reste que trop peu de temps.


J'ai oublié de vous dire l'autre jour que le Grand Monsieur (si je l'appelle comme ça, vous voyez de qui je veux parler ?) m'avait dit qu'il me donnerait une lettre avec des formules javanaises écrites dessus et que je devrais lire plusieurs fois par jour, que je m'y plonge. Mais avant qu'il me donne cette lettre, je dois pendant 3 jours soit : manger seulement du riz et boire seulement de l'eau, ou bien manger de tout sauf du riz et boire seulement de l'eau. Widodo m'a dit de choisir la seconde possibilité, que pour moi ça ne serait pas trop dur vu que je mange pas du riz au quotidien habituellement. Il est vrai. Normalement, tout ceci s'accompagne de non sommeil pendant 3 jours. Là, j'ai dit à Widodo que je pourrai pas. Il m'a dit qu'il n'y avait pas de problème, qu'il comprenait.


Donc voilà, depuis 2 jours, je ne mange pas de riz et je ne bois que de l'eau. Finit le thé super bon qu'ils ont ici !!!


Hier lundi, on a travaillé tôt le matin et pendant toute la matinée. On a manipulé encore et bossé le chant.


L'après midi, Widodo était occupé à préparer une représentation qui aura lieu le 15 mars. Ils seront 3 dalang. Ce n'est pas tout à fait traditionnel.

De mon côté, j'ai regardé un peu quand ils bossaient et puis j'ai passé mon après midi à lire le Mahabharata. Moi qui ne suis pas une grande lectrice, je me suis surprise à lire pendant 4h d'affilées !!




répétitions à trois dalang



Le soir, pour la première fois on a assemblé tous les éléments d'une représentation : musique, chant, cempala, keupra, manipulation, dialogue, récit... Et comme j'étais le dalang de la soirée, c'était à moi de diriger tout ça. Il faut penser à taper sur la caisse au bon moment avec le bon code, chanter le bon solo, avec les bonnes paroles, manipuler sans trop d'erreurs, improviser le blabla des personnages ou du récit, bien écouter la musique pour parler au bon moment..... et béh je me suis drôlement amusée !! Ça faisait tellement longtemps que je n'avais pas « fait de théâtre », ça libère ! Le passage que j'ai travaillé doit durer en tout environ 15 ou 20 min. Ça fait presque déjà un mini spectacle. Et c'était drôle : les voisins sont venus voir. Du coup, j'avais une petite dizaine de spectateurs derrière moi... et ils avaient l'air surpris de ce que j'arrivais déjà à faire. Widodo me le dit souvent, en si peu de temps, tu te débrouilles très bien. Ça fait du bien d'entendre des choses comme ça. C'est enthousiasmant pour la suite.


Puis aujourd'hui Widodo était absent pur la journée donc j'en ai profité pour bosser seule et continuer (presque finir) le Mahabharata. 500 Pages en 2 jours !!! Vous y croyez vous ? Moi même j'ai du mal.



dimanche 2 mars 2008

Bonsoir,


Nous voilà rendu en mars. Un nouveau mois de franchi.


Les derniers jours se sont passés sur le même modèle que les précédents. Travail matin, après midi et soir. Entre les séances avec Widodo, j'essaie de prendre du temps pour écrire, bouquiner le Ramayana ou Zeami, cogiter pour mon spectacle etc.


Niveau manipulation, on avance. Je touche maintenant à quasiment tous les personnages principaux. La technique est la même. Maintenant, il faut que je laisse faire l'imagination et improviser au fur et à mesure. Ne pas seulement reproduire les phrases techniques que m'a montré mon maître. Ce serait trop simple. Et surtout, laisser aller la parole !


Niveau chant, pareil, ça avance ! J'en connais maintenant 5 en tout.




chant pour les scènes d'amour (les chiffres, c'est les notes !)



Niveau musique, je continue d'aller à l'école du village suivre le cour avec tous les enfants de 8 ans. Je commence à les connaître un peu, ils connaissent mon prénom. C'est marrant.





3 sita, et les musiques que je travaille



Et niveau technique (cempala, keupra... cf. message précédent), c'est pareil. Là pour le coup je n'en suis qu'au début mais j'apprends les règles : 5 coups suivis de 2 petits coups et 1 dernier grand = entrée de Hanuman. Et y'a des « formules » à retenir comme ça pour chaque personnage, chaque situation pour lancer la bonne musique au bon moment.


Quand j'essaie de me trouver des moments pour travailler seule, il y a toujours quelqu'un qui traîne dans le coin. Ça en devient agaçant ! Mais bon, je prends sur moi. Je n'oublie pas que j'habite au sein d'une famille et que, par conséquent (clin d'oeil à M.Fichou !), je ne peux pas éviter que le grand père vienne me donner des conseils, ou la maman pour ce qui concerne le chant... Il faut faire avec et même, le plus possible, en profiter !


Je m'étais dit que j'irai à Yogyakarta seule quelques jours dans une semaine ou deux, histoire de faire un peu une coupure. Quand j'en ai parlé à Widodo, il m'a dit « d'accord ! Tu veux qu'on y aille quand ? » argh........ comment lui faire comprendre que j'ai envie d'y aller seule, sans lui ? J'ai pas envie de le froisser. Donc je crois que je vais continuer à me taire et prendre sur moi. Il faut que j'en profite et que je me passe de ces moments de solitude qui m'accompagnent habituellement. Encore 6 semaines.


Hier soir, samedi, on est allé voir du wayang toute la nuit encore avec, cette fois-ci, une dalang femme ! Ça fait bizarre au début parce que ça change les voix, le rythme, la puissance de la représentation. Et puis finalement, on s'y fait et on se rend ocmpte que ça n'a pas perdu en puissance.




wayang samedi soir



Aujourd'hui dimanche, on a travaillé le matin, j'étais complètement nase. J'en pouvais plus, je m'endormais quand je chantais. J'ai finit par aller m'allonger 30 min avant de partir le midi.


Le midi, on est allé voir le président de la Région, le grand Monsieur. Paraît qu'il voulait me voir encore. J'étais épuisée, mais j'ai tenu bon.


J'ai vécu aujourd'hui la même chose que l'autre jour (hypnose) mais en puissance 10. J'ai appris aujourd'hui à m'hypnotiser seule.


Premièrement, il m'a demandé de chanter encore. Il avait l'air content de moi.


Ensuite, il a brûlé du papier avec un fer rouge. Puis, il s'est passé le fer 3 fois sur la langue et j'ai compris que ça a allait être pareil pour moi. En fait, nous étions deux à « passer ces rites ». Je me suis approchée, j'ai répété les formules qu'il m'a dit de répéter, j'ai tendu ma langue et le fer rouge est venu se poser trois fois dessus. Rapidement je vous rassure, pas mal du tout ! On se fait parfois plus mal à boire du thé bouillant !

La seconde jeune fille, une apprentie chanteuse indonésienne, a répété les formules mais n'a pas voulu pour le fer. Elle n'a pas eu confiance. Comme quoi, ça n'a rien à voir avec la culture.


Puis ensuite il nous a emmené dans une pièce où il nous a refait la même chose que l'autre jour. On place les mains, ils les jettent en l'air et viouuuup ! Cécile déconnectée de la terre ! Il l'a fait à l'autre jeune fille qui n'a pas eu l'air de décoller vraiment. Puis il m'a dit de le faire debout. Puis ensuite seule, sans lui, sans ses mains, sans sa voix ! Et ben vous savez quoi ? Le même effet ! Et le plus génial c'est qu'on peut « sortir » de cet état quand on veut.


Bon, très franchement, je ne sais pas encore bien dans quoi je m'embarque. Mais je suis pourtant sereine. Je sens bien qu'il n'y a rien de louche et que c'est enseigné avec altruisme, sincérité, gentillesse.


La grand Monsieur avait l'air tellement content de moi qu'il m'a fait faire le truc plusieurs fois, me donnant des précisions, m'aidant à aller plus loin, tandis que l'autre jeune fille ne comprenait rien à ce qui m'arrivait. Il m'a même demandé de le faire ensuite devant Widodo, sa femme, et d'autres personnes qui étaient là. Ils avaient l'air tous étonnés de ce que je faisais.


Et puis bon, arriva ce qui devait arriver (ceux qui me connaissent s'en doutent bien): j'ai craqué, les larmes ont coulé malgré moi. Pas devant tout le monde non, parce qu'ici, il ne faut pas « perdre la face ». Alors j'ai caché comme j'ai pu. Je n'étais pas triste non !!! Juste que ça remue drôlement de faire tout ça, et que moi quand je suis remuée, ça sort par les larmes. Mais j'étais contente, rien de grave. Widodo ne comprenait pas et je le voyais inquiet pour moi. Il pensait que j'avais un problème, que j'étais triste.


Il va falloir maintenant lui expliquer que dans notre culture, parfois, on pleure pour autre chose que de la tristesse, juste quand les choses sont importantes, émouvantes... et que, surtout, ça n'a rien de grave !



jeudi 28 février 2008

Bonsoir,


Voici donc ce qui s'est passé pour moi mercredi et jeudi.


Mercredi matin, j'étais partie pour me faire une grasse matinée étant donné que Widodo m'avait dit qu'il partait avec sa femme pour la journée entière. Mais j'avais mal compris, c'était en fait jeudi. (ici, ils disent « demain » pour parler de l'avenir... et moi j'avais compris demain, vraiment demain, quand il m'en a parlé mardi).


Donc bref, du coup il est venu me réveiller et on a travaillé.


On s'est mis à la manipulation de Sita et Rama. Grand moment. Je rentre vraiment dans le vif du sujet.


Le midi, je suis retournée voir le cours de musique à l'école, puisque là aussi j'avais mal compris, c'est mercredi et non pas mardi.


(Ne vous tracassez pas si vous ne comprenez rien dans les dates, je ne comprends pas beaucoup plus que vous !)


Puis l'après midi, Widodo a fait venir son copain qui fabrique les marionnettes et il fallait que je choisisse maintenant tout de suite les marionnettes que je voulais acheter parce qu'il a besoin d'1 mois pour construire. Il a donc fallu que je me décide, que je choisisse les modèles, les couleurs, si je voulais changer certaines choses sur certains détails etc... Pour le moment, je m'en tire pour 600 euros. Mais je pense que ça ne va pas s'arrêter là.


Le soir (toujours mercredi donc), on a encore travaillé Rama et Sita en ajoutant l'utilisation du Cempala (vraie orthographe, prononcer tchampolo, ce que j'avais écrit la dernière fois) et du keupra (plaques de métal accrochées sur la paroi de la grosse boite à côté du dalang, sur lesquelles on frappe du pied pour faire du bruit). En plus de tout ça, on a ajouté aussi les voix des personnages. En gros, là, ayé, j'ai tous les ingrédients de la représentation : manipulation, musique, chant, dialogues, cempala, keupra...



la grande boîte, le keupra sur la paroi et le Cempala par terre





Widodo avec dans l'ordre : Lakhmana (frere de Rama), Hanuman, Rama



Du coup, je me suis bien amusée à faire les voix ! Surtout que je parlais en français donc je pouvais dire n'importe quoi, ils comprenaient pas ! Facile l'impro dans ces cas là !


Ensuite, jeudi matin, aujourd'hui donc, Widodo et sa femme m'ont déposée à Solo. Je devais aller à la banque (pas possible de changer de l'argent à Wonogiri) et du coup, j'en ai profité pour voir Marie, une des deux française que j'ai rencontrée. On a mangé ensemble et bien papoté, c'était sympathique. Ca m'a fait du bien et de parler français, et de parler de tout ce qui se passe ici. Prendre un peu de recul ne fait pas de mal.


Je suis rentrée de Solo en bus, toute seule, comme une grande. Ca fait du bien de se retrouver un peu seule aussi, mine de rien. Il pleuvait, comme tous les jours depuis que je suis arrivée.



les rizières à étages, le retour avec la pluie



dans la rue à Solo



Le programme des jours à venir ? Retravailler Rama et Sita, Angkot et Hanuman (j'en suis à 20 min de « spectacle » en tout, si on met tout à la suite) et samedi soir, à nouveau une nuit de Wayang, à Sukoharjo cette fois.




mardi 26 février 2008

Bonsoir,


Promis, je vais essayer de faire plus court que la dernière fois. Même si ça va être difficile parce qu'il ne cesse de se passer des choses capitales pour moi en ce moment.


Hier, on est allé visiter plusieurs fabriques de marionnettes notamment pour que je commence à réfléchir à celles que je vais acheter. Moments de complicités avec Widodo. Je commence à cogiter fortement à mon spectacle au retour. On est reparti sans marionnettes mais j'ai tout de même acheté un Tchampolo (outil pour cogner dans une boite pour diriger l'orchestre), MON tchampolo. Un geste symbolique pour moi.



Widodo au milieu des wayang, et le peintre en pleine action





mon tchampolo, c'est celui du milieu. Bon choix non ? et pour la couleur, j'hésite... vous en dites quoi ? j'peux demander n'importe quelle couleur en fait.



J'ai donc aussi vu l'étape de découpage de cuir, de peinture... plein de choses. Et j'ai même acheté aussi un jeu de poinçons pour ramener en France.


L'après midi, on a travaillé encore la musique. J'ai touché à 5 instruments en tout maintenant, et 3 ou 4 musiques différentes. Ce n'est que du jeu de rythme, il faut se laisser entraîner dedans.


Et le soir, on est allé voir une création contemporaine utilisant le wayang kulit. C'était à l'Institut Culturel National de Solo. En gros, c'est une école nationale, une sorte d'université des arts, et là, il y avait un spectacle qui mélangeait élèves et professeurs. Je me suis retrouvée dans une salle de théâtre comme en France. J'avais oublié comment c'était ! Le spectacle en lui même ne m'a pas super plu. Trop de technique, trop moderne à mon goût.



Avant et après le spectacle, on est allé rendre visite au grand monsieur important que j'avais vu le premier jour (sisi ! Souvenez vous ! Dans le bureau ! très impressionnant !). Encore une fois, avant de me trouver en face de lui, je ne savais pas qu'on venait le voir. Grande spécialité de Widodo de rien me dire.


On a discuté un peu, m'a fait chanter ce que j'avais appris, et m'a parlé spiritualité. Il m'a dit que je devais sentir les forces qui entrent en moi lorsque je joue du wayang.


En fait, ce que je ne savais pas, c'est que ce bonhomme, en plus d'être président de la Région, il est aussi Dalang (marionnettiste). Et un bon, un grand, apparemment.


Il m'a demandé d'entrer dans une pièce, avec Widodo (la femme de Widodo nous a attendu dehors). Il voulait me montrer quelque chose. J'ai essayé de suivre ce qu'il s'est passé mais j'ai eu du mal. Il a demandé à Widodo de verser de l'eau dans un verre, il a prononcé mon prénom devant, a soufflé sur l'eau et m'a dit ensuite de boire. Je me suis exécutée.


Ensuite, il a pris la main de Widodo, a placé l'autre main d'une certaine manière et a demandé à Widodo de fermer les yeux. Il a secoué les mains et jeté celles de Widodo en l'air. Ensuite, il a parlé, parlé, parlé... je voyais Widodo bouger, le visage étrangement rempli d'émotion. A la fin, le grand monsieur lui a dit de se réveiller et hop ! Widodo a ouvert les yeux. « euuuh la ! qu'est ce que je fais là ??!!! » j'ai pensé. Puis il s'est mis devant moi et j'ai compris que j'allais vivre la même chose. Gloups.


Je pense que j'ai vécu un moment d'hypnose. En fait je ne sais pas très bien. Mais j'ai vu mon corps bouger alors que je ne le commandais pas. Mais je ne me sentais pas prisonnière pour autant.


Enfin bref, toujours est il qu'il m'a réveillée, qu'il m'a dit que je devais toujours sentir ça quand je joue. Que la spiritualité fait tout, que le Wayang c'est avant tout ça.


Et quand il est sorti de la pièce, on s'est regardé déboussolés avec Widodo. Il m'a confié ne pas avoir compris ce qu'il s'est passé, « moi non plus » lui ai-je répondu. Moment de complicité. Là, à cet instant, j'ai senti que Widodo allait devenir vraiment mon maître. Et pas seulement pour apprendre à gigoter les marionnettes.


Je pense que le geste du vieux monsieur était, symboliquement, de confier à Widodo la tâche de m'enseigner le Wayang. Je l'ai interprété comme ça.


On est rentrés en voiture ensuite, et je me sentais bien avec Widodo et sa femme. On rigolait. Même avec la contrainte de la langue, on arrive à instaurer une vraie complicité. Ils m'appellent « 'cile », et non plus « Cécile ». Utiliser un diminutif est signe d'affection chez eux.


Non seulement un Maître, mais aussi un ami.





paysages magnifiques, et gamins qui courent à 6h du matin (juste pour le plaisir de courir !)



En dehors de tout ça, j'ai rencontré deux françaises lors des soirées Wayang dont une que j'ai vue plusieurs fois avec qui j'ai déjà pas mal discuté. Elle reste 2 mois aussi, mais pour étudier le Gamelan (musique). L'autre s'en va malheureusement dans 15 jours. Mais elle fait une fête pour son départ et m'a gentiment invitée pour qu'on fasse connaissance, même si elle s'en va bientôt. Je pense que j'irai. Ça me fera du bien de parler français un peu.


Ce matin, on a bossé la musique. Encore et toujours.

Ce midi je suis retournée voir le cours de musique à l'école.

Cet après midi, je me suis achetée une carte pour mon téléphone. Pour qu'ils puissent me joindre, et vice versa.


Au passage, je bénis le conservatoire pour tout ce que j'ai appris là bas. Notamment les cours de chant et musique : je les applique aujourd'hui, c'était donc loin d'être vain ! J'y pense beaucoup à ce conservatoire, à ce qui s'est enclenché là bas pour moi, aux envies que ça m'a donné.


D'ailleurs, en ce moment je suis plongée dans le livre de Zeami à propos du théâtre Nô (cf. tout premier message de ce blog). J'y puise mes forces. Plus que de m'aider à tenir, il me fait m'envoler.



dimanche 24 février 2008

Bonsoir,


Résumé des 3 derniers jours :


Jeudi soir, nous sommes retournés voir du Wayang toute la nuit. Cette fois-ci, au Centre Culturel de Solo. Ambiance différente de la première fois. Plus studieux, moins rigolard. Le dalang était meilleur sur les voix des personnages, égalait le premier en manipulation, et la musique était meilleure aussi que l'autre jour. Malheureusement, tout comme la première fois, c'était le Mahabharata qui était représenté... donc, j'ai du mal à suivre. Mais Widodo est là, à côté de moi, à m'expliquer chaque chose, à me préciser si ceci ou cela est traditionnel, la musique, la manipulation, les marionnettes, les voix... Un vrai Maître qui est présent, qui m'accompagne dans ma découverte.




devant, derrière






la nuit avance... vers 2h...



Rentrés dans la nuit à 4h, vendredi matin nous nous sommes mis à travailler à 10h. Toujours manipuler les singes. Toute la journée. On est arrivés au bout de la petite boucle qu'il voulait m'apprendre. En la jouant en entier, ça dure 6 minutes. J'essaie de me souvenir de tous les katas (et oui, ici aussi, on appelle ça des katas), m'efforce à rester dans les lignes tracées mais il me dit que, maintenant au point où j'en suis, je peux m'amuser à improviser. « imagination full », comme il dit !


Du coup voilà, j'en suis là. Après un peu plus d'une semaine de boulot, il va falloir que je me détende, que je commence à relâcher toute la technique et laisser aller l'amusement. C'est normal je suppose : dans tout apprentissage, on connaît ces deux phases.


Le soir venu, on a travaillé la musique. Ce qu'il m'avait expliqué de la notation l'autre jour est plutôt bien rentré. Du coup, on va plus loin. Il m'explique comment on joue concrètement ensemble. Quel instrument il faut écouter, car il donnera les « ordres » (plus vite, plus lent). Widodo me dit de me mettre à un instrument, il se met à un autre. Puis arrive Wahyu, le fiston, qui se met aux percussions, puis le beau-frêre qui se met aux gongs, puis le grand-père qui se met à un autre xyllphone, et enfin... Hana, la petite, qui se met aussi à jouer. Finalement, y'a un vrai petit orchestre à la maison ! C'est rigolo cette ambiance. Ca se fait naturellement. Widodo ne demande rien mais ils viennent d'eux mêmes quand ils entendent la musique.


Je sens qu'ils sont contents, flattés, fiers, qu'il y ait quelqu'un qui vient étudier, comprendre leur quotidien.


La journée de samedi a commencé avec une grosse pensée pour ma famille. Même s'il fallait que la journée soit « comme les autres » pour moi, ça ne l'était pas. J'étais avec vous tous. J'ai malgré tout travaillé, comme d'habitude.


Samedi matin, on a encore manipulé. J'ai envie que ça se pose, que ça s'ancre. Donc je fais, refais, et refais encore. Il est derrière moi, assis, il me laisse faire, me corrige, m'explique des petites choses, parfois ne dit rien. Le maître veille.





derrière du kayon



En début d'après midi, Widodo me dit qu'à l'école juste à côté il y a un cour de musique maintenant, que si j'ai envie d'y aller, je peux. Ok. Je prends mes chaussures (je vis pieds nus depuis 1 semaine quasiment...) et je file. Ambiance très touchante. Ecole de campagne où les enfants apprennent évidemment les matières générales mais aussi la musique, la danse, le théâtre (je crois...). C'était l'équivalent d'une école primaire, avec des enfants entre 6 et 10 ans en gros.

Je me suis assise dans un coin et j'ai regardé. Certains se débrouillent très bien, d'autres pataugent. Le vieux professeur est un monsieur étonnant. Ca n'arrête pas de crier dans son cours, ça parle, ça rigole, ça joue... et lui, il continue tranquille ce qu'il a à dire ou à faire. Et finalement, ça marche plutôt bien. Quand il faut se mettre à jouer, hop ! Tout le monde s'y met !

Évidemment, j'ai été reçue en grande pompe : thé, gâteaux dans la salle des profs. Ils sont marrants à être prévenants comme ça.



enfants à l'école



Puis l'après midi, manipulation, encore et toujours.


Le soir, on est allés voir encore du Wayang pendant toute la nuit (ouioui, un jour sur deux !). Cette fois-ci, à Klaten, une ville à 1h de route à l'ouest de Wonogiri. On a traversé les campagnes pour y aller. Les montagnes sont belles ! Incroyable ! Elles ne ressemblent ni à nos montagnes des Alpes, ni à celles du Massif Central... c'est plutôt un entre-deux. Montagnes sauvages. Même en pleine nuit, j'arrive à les admirer (pleine lune aidant...).


Encore différent, cette fois-ci, c'était du Wayang traditionnel. Encore le Mahabharata malheureusement (et toujours le même épisode en gros... étonnant !). Ah oui, d'ailleurs, ça me fait penser que je n'ai pas préciser sur 7h de représentation, ils ne jouent qu'un épisode ! Et oui ! Je ne sais pas s'ils jouent parfois entièrement une épopée mais ça doit être impressionnant à vivre ! Une semaine j'imagine !


Widodo m'a encore expliqué plein de choses, sur la différence entre traditionnel et « contemporain » (qui reste quand même un art traditionnel). Les marionnettes qui jouaient dataient parfois du 19è voir du 18è. Forcément moins colorées que d'habitude, elles n'en étaient pas moins aussi jolies.


Mais la grosse différence entre contemporain et traditionnel, c'est le rapport au temps. J'avoue que pour moi c'était difficile à tenir. Ils étirent tout. Les musiques d'introduction pour une scène (qui d'habitude dure 1 ou 2 min) peuvent durer jusqu' 15 min ici. Pareil pour une scène de discussion qui va durer 40 ou 45 min... et moi je ne comprends pas quand ils parlent ! Ou encore des chants qui durent, durent.... dur dur. Je pense que je ne connais pas encore assez bien le Wayang Kulit et tous ces codes pour pouvoir apprécier. Il est certain que ça doit être très beau, mais quand tu n'as pas les clefs pour déchiffrer, ben tu t'ennuies, tout simplement. Et s'ennuyer à 3h du matin, ça ressemble fortement à s'endormir.


Mais j'ai tenu bon. Ca s'est finit à 4h15. Une bonne heure de route, un arrêt au passage dans une mosquée pour que Widodo fasse sa première prière du matin, un petit déjeuner dans un « restau » au bord de la route (petit déj salé bien évidemment), et hop ! Au dodo !



exemple de bouffon


Et aujourd'hui, je me suis pris la liberté de dormir toute la matinée. Quand on se couche à 6h30, ça me paraît indispensable. L'après midi, on a continué la manipulation des deux singes et on a ajouté le Kayon. Widodo avait installé la lumière. Première fois avec lumière.





Widodo et Hana



Hier soir quand on regardait le Wayang, je me baladais par-ci par-là, pour changer d'angle de vue. Et j'ai été très surprise (au début) et agacée (à la fin) par tous les regards sur moi. Première fois que je ressens ça. D'habitude, quand les locaux voient une occidentale, ils me lancent un « hello ! » accompagné d'un sourire. Là, pas un sourire, plutôt des regards de curieux. C'était pas agréable du tout de se faire dévisager. C'est vrai que je m'en rends pas compte que je suis « blanche » au milieu d'eux, que je dépareille. Franchement, depuis plus de 3 mois, j'ai eu le temps de m'habituer à leur visage (je crois même avoir oublié ce que c'est que de se promener entourée d'occidentaux). Et du coup, j'oublie que pour eux, mon visage n'est pas commun. Mais n'empêche qu'hier je me suis vraiment sentie « agressée ». Je me suis imaginée ce que pouvait parfois ressentir un homme de couleur en France.


Ah oui, j'oubliais ! Widodo m'a appris qu'il allait jouer le 9 avril prochain et il veut que je joue en « première partie ». Euh... wow ! Je lui ai dit que je trouvais l'idée super mais que faut que je bosse bien, que je veux pas montrer n'importe quoi. On a encore le temps d'y réfléchir me direz-vous...